Pour un salarié, la banque lit trois bulletins de paie et un avis d'imposition. Pour un professionnel de santé libéral, la pièce maîtresse du dossier, c'est la déclaration 2035, celle qui détermine vos bénéfices non commerciaux (BNC). Comprendre comment un analyste crédit la lit vous permet d'anticiper ses questions, et souvent d'emprunter dans de meilleures conditions.
La 2035 en quelques mots
La déclaration 2035 est déposée chaque année par les professionnels libéraux soumis au régime de la déclaration contrôlée. Elle repose le plus souvent sur une comptabilité de trésorerie : on retient les recettes réellement encaissées et les dépenses réellement payées au cours de l'année.
Elle est accompagnée de deux annexes que la banque regarde en priorité :
- la 2035-A, qui détaille les recettes et les dépenses (loyers, charges sociales, frais de véhicule, honoraires rétrocédés…) ;
- la 2035-B, qui calcule le résultat fiscal (réintégrations, déductions, exonérations éventuelles).
La liste des immobilisations et des amortissements complète le tableau.
Les chiffres que la banque regarde en premier
Les recettes
Elles donnent la mesure de votre activité. La banque compare leur niveau à celui de votre profession et, surtout, observe leur évolution d'une année sur l'autre.
Le bénéfice
C'est la ligne déterminante : le résultat après déduction de vos charges professionnelles et de vos cotisations sociales obligatoires. C'est sur cette base que la banque calcule votre capacité de remboursement et votre taux d'endettement.
Les retraitements favorables
Un bon analyste ne s'arrête pas au résultat brut. Plusieurs postes peuvent être retraités en votre faveur :
- les amortissements : ils diminuent le bénéfice sans sortie d'argent l'année concernée. Certaines banques les réintègrent pour apprécier votre capacité d'autofinancement ;
- le loyer actuel : si vous achetez les murs que vous louez aujourd'hui, ce loyer disparaîtra et sera remplacé par la mensualité du prêt. Le présenter clairement change souvent la lecture du dossier ;
- les charges exceptionnelles : travaux ponctuels, frais d'installation, matériel renouvelé une fois.
Ces retraitements ne sont pas automatiques : il faut les mettre en évidence. Dans la note de synthèse que nous joignons à chaque dossier, nous expliquons ligne par ligne ce qui relève du ponctuel et ce qui est récurrent.
Trois années, une tendance
La banque demande en général les trois dernières déclarations. Elle ne retient pas seulement la dernière année : elle regarde la moyenne et la tendance.
| Situation | Lecture habituelle de la banque |
|---|---|
| Bénéfice stable ou en hausse régulière | Rassurant : la dernière année peut servir de référence |
| Forte hausse sur la dernière année | La banque peut retenir une moyenne prudente des trois ans |
| Baisse ponctuelle | Acceptée si elle est expliquée (congé maternité, travaux, changement de mode d'exercice) |
| Baisse continue | Point de vigilance : il faudra un argumentaire et souvent un prévisionnel |
Une baisse non expliquée est l'une des premières causes de questions, voire de refus. Si votre dernière 2035 contient une anomalie, préparez l'explication avant que la banque ne la demande.
Les cas particuliers
Vous êtes installé depuis moins de trois ans
Votre premier exercice est souvent incomplet : la banque l'annualise ou s'appuie sur vos revenus de remplacement ou de collaboration antérieurs et sur un prévisionnel établi par votre expert-comptable.
Vous exercez en société
En SELARL ou en SELAS, il n'y a pas de 2035 mais des bilans de société : la banque analyse alors votre rémunération de gérant, les dividendes perçus et la santé de la société elle-même. En SCM, chaque associé déclare son propre BNC ; la banque vérifie en plus la répartition des frais communs.
Vous avez une activité mixte
Praticien hospitalier avec une activité libérale, salarié d'un centre et libéral à temps partiel : les deux revenus sont additionnés, mais la banque les pondère selon leur stabilité. Le salaire rassure, la part libérale est analysée sur son historique.
Un exemple de lecture
Recettes de 120 000 €, bénéfice de 52 000 €, dont 4 000 € d'amortissements et un loyer actuel de 9 600 € par an. Lue « brute », la 2035 montre 52 000 €. Lue par un analyste qui sait que le loyer sera remplacé par la mensualité du prêt et que les amortissements ne sont pas décaissés, elle montre une capacité de remboursement nettement plus confortable. C'est cette lecture qu'il faut obtenir de la banque.
Exemple illustratif : chaque banque applique ses propres méthodes de calcul.
Comment préparer vos chiffres
- Rassemblez les trois dernières 2035 complètes, avec leurs annexes, et pas seulement l'avis d'imposition.
- Demandez une situation intermédiaire à votre comptable si l'année en cours est nettement meilleure que la précédente.
- Listez les éléments ponctuels (travaux, congé, investissement exceptionnel) qui expliquent une variation.
- Isolez votre loyer actuel si votre projet consiste à acheter vos murs.
- Vérifiez que vos relevés bancaires sont cohérents avec vos recettes déclarées.
Pour la liste complète des pièces, consultez notre check-list du dossier de financement, et pour éviter les mauvaises surprises, nos 7 erreurs qui font refuser un dossier.
En résumé
- La banque lit votre bénéfice, mais aussi votre tendance sur trois ans.
- Les amortissements et le loyer remplacé par le prêt peuvent améliorer la lecture de votre capacité de remboursement.
- Toute variation doit être expliquée avant d'être questionnée.
C'est précisément le travail que nous faisons avant de présenter votre dossier : traduire votre 2035 dans le langage de la banque.
L'équipe Libérale Courtage
Courtiers spécialisés dans le financement des professions médicales et paramédicales libérales depuis 2014, partout en France.


