Regrouper médecins, infirmiers, kinésithérapeutes ou orthophonistes sous un même toit est un projet de plus en plus fréquent. Il répond à une attente forte des patients et des collectivités, et permet aux praticiens de partager locaux, secrétariat et équipements.
Mais un projet immobilier à plusieurs associés est aussi l'un des plus complexes à financer. Voici les options possibles, les grandes étapes, et les points sur lesquels les banques seront attentives.
Avant tout : construire, acheter ou louer ?
Une maison de santé ne passe pas forcément par une construction. Trois voies coexistent, avec des besoins de financement très différents :
| Option | Ce que financent les praticiens | Points d'attention |
|---|---|---|
| Construire | Terrain, construction, honoraires, aménagements | Projet long, déblocage progressif des fonds, risque de retard de chantier |
| Acheter un bâtiment existant | Achat, travaux de transformation et de mise aux normes | Coût des travaux souvent sous-estimé, accessibilité à vérifier |
| Louer à une collectivité ou à un investisseur | Aménagements intérieurs, matériel, mobilier | Pas de patrimoine constitué, mais un besoin de financement bien plus faible |
De nombreuses maisons de santé sont aujourd'hui construites par des communes ou des bailleurs, puis louées aux praticiens. Comparer les options avant de se lancer fait partie du travail de cadrage.
Étape 1 : définir le projet et les associés
Tout commence par l'équipe. Avant de parler de plans ou de banque, il faut savoir :
- qui sera propriétaire des murs (tous les praticiens, une partie seulement, un investisseur, une collectivité) ;
- qui sera locataire et à quel loyer ;
- comment seront répartis les espaces communs (accueil, salle d'attente, salle de réunion).
Une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) au sens du Code de la santé publique réunit au moins deux médecins généralistes et un professionnel paramédical, autour d'un projet de santé. Ce statut, reconnu par l'ARS, peut ouvrir l'accès à des financements spécifiques pour la coordination. Il est distinct de la question de la propriété des murs.
Étape 2 : choisir la structure qui porte l'immobilier
Dans la grande majorité des cas, les murs sont achetés ou construits par une SCI dont les praticiens sont associés. La SCI loue ensuite les locaux, soit à chaque praticien, soit à une société d'exercice ou de moyens (SCM).
Dans une maison de santé, plusieurs structures se répartissent souvent les rôles :
| Structure | Son rôle | Ce qu'elle peut financer |
|---|---|---|
| SCI | Propriétaire des murs | Achat ou construction du bâtiment |
| SCM (société civile de moyens) | Met en commun les moyens d'exercice | Aménagements, matériel et mobilier partagés, secrétariat |
| SISA (société interprofessionnelle de soins ambulatoires) | Porte l'exercice coordonné | Perçoit les financements conventionnels liés à la coordination |
Chaque praticien conserve en principe son activité libérale propre. Pour le détail du fonctionnement d'une SCI qui loue aux praticiens, consultez notre guide SCI qui loue au cabinet.
Les statuts et le pacte d'associés sont essentiels : que se passe-t-il si un associé part, prend sa retraite, devient invalide ou décède ? Comment ses parts sont-elles valorisées et rachetées ? Les banques poseront ces questions.
Dans un projet à plusieurs, la défaillance d'un seul associé peut fragiliser l'ensemble. Prévoyez des règles claires de sortie et une assurance emprunteur adaptée pour chacun.
Étape 3 : bâtir le plan de financement
Le plan de financement d'une construction comprend :
| Poste | À prévoir |
|---|---|
| Terrain | Prix d'achat et frais d'acte |
| Construction | Marchés de travaux ou contrat de construction, honoraires d'architecte et de maîtrise d'œuvre |
| Études | Géomètre, étude de sol, bureau de contrôle |
| Assurances | Dommages-ouvrage, assurance du maître d'ouvrage |
| Aménagements | Cloisons, équipements spécifiques, accessibilité |
| Imprévus | Une marge de sécurité de l'ordre de 5 à 10 % est prudente |
Les financements publics à mobiliser
Selon les territoires, plusieurs acteurs peuvent soutenir un projet de maison de santé :
- les communes et intercommunalités : terrain cédé à prix réduit, construction portée par la collectivité puis louée, participation aux aménagements ;
- la région et le département, dans le cadre de leurs politiques d'accès aux soins ;
- l'ARS, notamment pour l'ingénierie du projet de santé et la coordination ;
- l'Assurance Maladie, qui finance l'exercice coordonné des structures reconnues, via la SISA.
Les subventions d'investissement bénéficient le plus souvent aux projets portés par une collectivité ou répondant à un besoin identifié sur le territoire. Renseignez-vous tôt : ces aides peuvent conditionner le calendrier, la localisation et même la structure de propriété du bâtiment.
Étape 4 : le déblocage des fonds pendant le chantier
Un prêt pour une construction n'est pas versé en une fois. Les fonds sont débloqués progressivement, sur présentation des factures ou des appels de fonds, au fur et à mesure de l'avancement du chantier.
Pendant cette période :
- vous ne payez souvent que les intérêts intercalaires sur les sommes débloquées ;
- l'amortissement du prêt démarre à la fin du chantier, quand les loyers commencent à être perçus ;
- un différé de remboursement peut être négocié pour couvrir la durée des travaux.
Négociez une durée de différé qui laisse une marge en cas de retard de chantier. Il est plus simple de l'obtenir à l'offre que de la demander en cours de route.
Étape 5 : convaincre les banques
Un dossier de maison de santé est examiné globalement, mais aussi associé par associé. La banque regarde :
- les revenus et l'endettement personnel de chaque praticien ;
- la cohérence entre les loyers prévus et les échéances de la SCI ;
- les engagements de location (baux signés ou promesses de bail) ;
- l'équilibre du pacte d'associés.
Plus le nombre d'associés est élevé, plus la coordination est importante : un interlocuteur unique qui centralise les pièces et présente le projet d'une seule voix fait gagner des semaines.
Un exemple de projet accompagné
Un praticien a financé un immeuble mixte, avec la création d'un cabinet médical pluridisciplinaire au rez-de-chaussée et de quatre logements aux étages. Montant total : 500 000 €, financé sur 20 ans sans apport. Les loyers du cabinet et des logements participent au remboursement.
Chaque projet est différent, mais la méthode reste la même : une équipe d'associés soudée, une structure juridique claire, un plan de financement réaliste et des banques mises en concurrence.
L'équipe Libérale Courtage
Courtiers spécialisés dans le financement des professions médicales et paramédicales libérales depuis 2014, partout en France.


